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De PROFUNDIS

                                                          Par Matieu MOUNIKOU


Hélas, Césaire
s’est éteint. Le gouvernement français a décidé de lui faire des obsèques
nationales. Mieux vaut tard que jamais : de son vivant, Césaire n’a pas
eu les honneurs officiels auxquels, du reste, il n’aspirait sans doute
pas.

Je suis affecté par cette
disparition ; cet homme a profondément marqué ma jeunesse dans mon Afrique
natale d’abord. Etudiant à Paris, j’ai eu le bonheur de le côtoyer,
et d’apprécier l’homme autant que le grand écrivain que
j’admirais. C’est lui qui m’a donné le goût de la
poésie ; il ne cessait de me prodiguer des encouragements pour vaincre ma
timidité en matière d’écriture. J’ai appris à son contact que la
modestie était un privilège des grands. Il m’a éveillé à la conscience
politique de l’Afrique exploitée et méprisée ; par lui j’ai su
que la vraie conscience politique était une démarche culturelle, et que le vrai
combat politique était tout autant un acte de culture. La médiocrité empêche la
politique à la petite semaine de s’élever à une telle hauteur.

Inutile d’insister
sur le rôle de Césaire dans l’émancipation politique et culturelle de
l’Afrique ; sur ce chapitre la différence entre Senghor et Césaire
n’est pas moindre. La jeunesse étudiante africaine était majoritairement,
de mon temps, tournée vers ce dernier,
et plutôt critique, voire très critique, envers le premier.

Le Martiniquais se disait
africain, et le croyait profondément. Je l’ai appris un jour à mes dépens
lorsqu’il il me reprit gentiment après m’avoir entendu dire
qu’il était antillais. C’est qu’aux yeux du poète et du militant
anticolonialiste qu’il était, l’Afrique était davantage
qu’une expression géographique : une culture. Non pas une culture
folklorique, non pas la culture passéiste des ethnologues férus
d’exotisme, non ; plutôt une culture de combat pour sortir de la marginalisation
et de la chosification où le colonialisme et le racisme avaient enfermé
l’homme africain, et singulièrement le Nègre. Pas l’ombre du
racisme chez cet humaniste ; je l’ai un jour entendu définir le
Nègre comme tout individu soumis à l’exploitation et nié dans son
humanité. Contrairement aux apparences, le Nègre pour Césaire n’avait
presque pas de couleur. Certes, il n’était pas incolore, mais
l’essentiel était ailleurs : le Nègre était d’abord la victime
par excellence, le souffre-douleur, le spolié et l’humilié de la culture
occidentale dominante, expression de l’impérialisme. Par conséquent, le
combat du Nègre était aussi celui de tous les exploités de par le monde. La
négritude était le combat des exploités, des marginalisés et des exclus, les
Nègres en premier, pour sortir de la négation impérialiste ; un combat
pour une vraie culture de l’universel où chaque groupe humain apporterait
sa pierre originale à l’édifice commun de l’humanité.

Césaire disparu,
c’est l’Afrique qui perd un de ses lointains fils parmi les plus
brillants ; un fils qui a tant aimé le « pays des ancêtres »
auquel il a tant donné. De profundis.



                                                        Mathieu Mounikou
Aimé Césaire et Ségolène Royale
Un livre au programme du Bac
Aimé Césaire