
La plus grave erreur du général de Gaulle est sans doute de n'avoir pas su couper le cordon ombilical qui lie la France à l'Afrique comme l'avaient fait les anglais. par Bienvenu MABILEMONO Fallait-il accorder ou pas l’indépendance aux colonies africaines de la France ? Voilà une question cruciale a laquelle étaient confrontés le général de Gaulle et son bras droit Jacques Foccart en 1960. La réponse officielle tout le monde la connaît. Mais en dépit de cela, les deux hommes décidèrent que : Indépendances africaines ou pas, la France ne coupera jamais le cordon ombilical qui la lie à l’ Afrique et à ses ex-colonies. Depuis, à cause de cette grave erreur historique, tous ses successeurs (Georges Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac et maintenant Nicolas Sarkozy) sont tous pris en otage par les dictateurs africains, notamment ceux des émirats du golf de guinée (l’éternel ami de la France Omar Bongo du Gabon, le général guerrier Cobra Denis Sassou-Nguesso du Congo-Brazzaville, Paul Biya du Cameroun, le général guerrier du désert Idriss Deby du Tchad, l'angolais José Eduardo dos Santos ou l'équato-guinéen Tedero Obiang Nguema) qui, forts des colossales richesses de leurs sols et de leurs sous-sols tant convoitées et qui continuent d'aiguiser les appétits voraces de la France et de ses décideurs politiques et économiques (Bolloré, Bouygues, François Pineau…) et de certaines de ses entreprises (Total, Bouygues, Areva, SDV, CFAO, Castel…), les font chanter comme bon leur semble. En tout cas, le moins que l’on puisse dire c’ est qu’il y a eu comme un basculement dans les rapports de force entre la France et ses ex-colonies, dans lequel les deux parties ont oublié laquelle a le grand pouvoir et laquelle le petit. En effet, ces emblématiques dictateurs africains qui ont très vite compris l'enjeu capital que représentent leurs colossales ressources naturelles pour la France et les autres puissances occidentales (l’Angleterre, les Etats-Unis, la chine…) et les appétits voraces qu'elles aiguisent, se sentent pousser des ailes et se voient de ce fait investis d'un très grand pouvoir. Suffisamment grand en tout cas pour leur permettre d'exiger et d'obtenir de l'Elysée de nommer un Premier ministre ou de limoger un ministre ou encore d'influer la liberté de la presse et sur le cours de la justice en France. Un pouvoir toujours plus grandissant surtout depuis que ces dictateurs véreux ont trouvé en la montée en puissance de la Chine une nouvelle armée qui est constamment brandie pour faire chanter la pauvre France et les pauvres français et leurs soi-disant droits de l’homme. A tel point que la politique de la France se décide non plus à l’Elysée ou à l’Assemblée nationale et au Sénat français mais plutôt en Afrique, et plus précisément au palais du bord de mer au Gabon chez le doyen des chefs d’Etats africains (un titre qui compte beaucoup en France et en Afrique). Après tout, n’est-il pas de notoriété publique que ces richissimes chefs Etats africains qui disposent de plusieurs milliards de pétrodollars détournés financent toutes les élections en France et offrent régulièrement des emplois gracieusement rémunérés aux hommes politiques français de droite comme de gauche lorsque ces derniers sont au chômage ? Pourtant, pendant très longtemps, en France comme en Afrique et partout ailleurs dans le monde, d'aucuns ont toujours cru avec une certaine dose de naïveté que la France était dirigée par les locataires de l'Elysée en parfaite harmonie avec les grands patrons du MEDEF et du CAC 40 qui constituent l'establishment parisien. Erreur donc, la France a toujours été dirigée par les dictatures africains des pays producteurs de pétrole. Au nom de la grandeur de la France, les locataires successifs de l’Elysée ont toujours été otages ou plutôt victimes de cette grave erreur historique commise par le général de Gaulle et Jacques Foccart qui n'avaient pas su ou qui n’avaient pas voulu couper ce cordon ombilical avec l'Afrique. Sans doute, il aurait fallu que le général s’inspira comme il avait très bien su le faire pendant son exil à Londres durant la guerre contre les Allemands du pragmatisme anglais en suivant leur exemple en Afrique. Mais bon, aucune œuvre humaine n’est parfaite sur cette maudite terre. Comme quoi ce précieux héritage légué à la France et aux français par le général de Gaulle et son bras droit Jacques Foccart a un lourd prix à payer, celui de l’honneur et de la grandeur de la France. Et c’est tant mieux pour ces dictateurs africains qui trouvent avantage dans cette situation qui leur assure une rente de situation pratiquement ad vitam aeternam. Ils ont en effet le beau rôle et le vrai pouvoir que chaque être humain rêverait avoir, celui d’agir dans l’ombre et de tirer les ficelles à chaque niveau de décision que ce soit en Afrique ou en France. De tous ces dictateurs africains qui font la pluie et le beau temps en France, Omar Bongo est sans conteste le plus puissant et le plus virulent, allant jusqu'à menacer publiquement de trouver « des partenaires plus respectueux de la dignité de son peuple », allusion faite à la menace chinoise bien entendu (la Chine est donc devenue bien malgré elle la nouvelle arme fatale de ces dictateurs véreux contre la France et les occidentaux. Alors on n’hésite pas à la brandir chaque fois qu’on se sent en danger. Et ça marche à tous les coups). Dans ce que l’on pourrait appelé « l’affaire Bockel contre la FrançAfrique », en privé, le même Omar Bongo, l’éternel ami de la France qui a connu tous les Présidents français depuis le général de Gaule, et qui sait tout sur tout le monde, n’a pas hésité de menacer qu'il pourrait fort bien déterrer quelques secrets de famille franco-africains. Il faut dire qu’il en a tant connu, en quarante et un ans d’exercice de pouvoir sans partage aussi bien sur l’Afrique que sur la France. Ce grand pouvoir de tirer les ficelles dont dispose Omar Bongo sur la France nous laisse penser que c’est bien lui qui dirige la France depuis son palais du bord de mer ; autrement dit, Barack Obama qui est le premier candidat noir pour la maison blanche à avoir de fortes chances de l’ emporter, ne sera certainement pas le premier homme noir à diriger une grande puissance (car si l’on considère que la France est une grande puissance comme se plaisent souvent à nous le dire Jean- Marie Le Pen et sa fille Marine, alors dans ce cas, Omar Bongo qui dirige bien la France et l’Afrique depuis 41 ans est donc incontestablement le premier noir à diriger une grande puissance économique et nucléaire). Et pour cause, après avoir fait de Dominique de Villepin le dernier Premier ministre de son vieil ami Jacques Chirac, Omar Bongo vient une nouvelle fois de nous prouver avec l’éviction de Jean-Marie Bockel que c’est bien lui qui fait et défait les gouvernements en France au gré de ses humeurs. Et il n’est pas le seul a disposer d’un grand pouvoir de décision sur l’Elysée et donc sur la France et les français. On peut lire en effet ceci dans le dernier « Canard enchaîné » : « Plus discret, son collègue congolais Sassou-Nguesso s'est, lui aussi fait entendre de l'Elysée en utilisant deux arguments de poids. Primo, les marchés que convoite Vincent Bolloré, l'ami de Sarko : la concession du port à conteneurs de Pointe-Noire et la ligne ferroviaire Congo-Océan. Deuzio, Sassou a rappelé que Bernard Kouchner, lorsqu'il n'était pas encore ministre de tutelle de Bockel, n'avait pas jugé le régime infréquentable, décrochant (comme au Gabon) des contrats d'études sur un nouveau système de sécurité sociale et sur les dangers de la grippe aviaire. Un drôle de sujet d'enquête dans un pays où sévissent surtout sida, paludisme et malnutrition. Ledit Kouchner, qui, depuis dix mois, tenait Bockel en laisse, n'a d'ailleurs pas levé le petit doigt pour prendre la défense de son collègue. Le débarqué, lui, tente de faire bonne figure, mais peine à cacher son « écœurement ». Un peu gêné, Sarko multiplie, depuis quelques jours, les attentions à son égard. Il lui a promis un droit de regard sur les « troupes prépositionnées » en Afrique et une remontée dans l'ordre protocolaire ! Si du moins Omar et Sassou-Nguesso donnent le feu vert…Jean-Marie Bockel n'est pas le seul sous-ministre à avoir fait les frais de la rancoeur d'Omar Bongo. Initialement c'est Rama Yade qui devait remplacer Bockel au secrétariat d'Etat à la coopération et à la Francophonie. Mais l'irascible président gabonais a eu vent de ce choix, et il y a aussitôt mis son veto. Bongo n'a toujours pas digéré, en effet, les déclarations " inamicales " de Rama Yade en marge de la visite de Sarkozy au Gabon en juillet dernier (...) Comme quoi Bongo a plus d'influence que Fillon dans la composition du gouvernement français... ». Dans ce jeu désormais séculaire, de cache-cache et de rapports de forces permanents, de dominant- dominé, auquel se livrent depuis les années 60 (et qui n’est pas prêt de s’arrêter) la France et ses ex- colonies africaines, ma conclusion est simple : Comme on dit, tel est pris qui croyait prendre. Eh oui, c’ est aussi cela la real politik en question. Bravo Omar de l’appliquer si bien cette real politik. Bienvenu MABILEMONO |