Le Soleil de Greenwich

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Scandale d’Etat? : Denis Sassou-Nguesso doit s’expliquer devant le peuple suite
aux récentes révélations parues dans le journal « le Monde » sur le colossal
patrimoine détenu en France par le clan Nguesso


                                                            
 Par
                                            Bienvenu MABILEMONO



Le Congo-Brazzaville, un pays faiblement peuplé et immensément riche en matières
premières, mais où, aussi paradoxalement que cela puisse paraître, 70% de la population vit
avec moins d’1 $ par jour. Nombreuses étaient en effet les interrogations sur la situation de
notre pays, considéré aujourd’hui encore comme un cas à part par de nombreux observateurs
: Comment expliquer qu'il n'y ait même pas un hôpital décent dans ce pays alors que dans le
même temps ses dignitaires roulent en limousines ? Comment expliquer que dans un pays
aussi riche en eaux, en bois et forêts, qu'il n'y ait même pas d'électricité et d'eau courante au
robinet, et qu'à l'école les enfants soient obligés de s'asseoir à même le sol faute de tables-
bancs ?

Pourquoi le peuple congolais ne profite-t-il pas des richesses du bois et de l'or noir ?
Comment expliquer que des cargaisons entières de pétrole aient pu disparaître hier avec Elf,
et continuent de disparaître aujourd'hui avec la COTRADE (filiale de la Société nationale des
pétroles du Congo - SNPC, chargée de la commercialisation du pétrole congolais, qui est
dirigée par l’un des fils de Denis Sassou-Nguesso) sans laisser de trace entre Pointe-Noire
et l'Europe ? Toutes ces questions, les congolais qui se les posaient étaient automatiquement
taxés d’aigreur ou considérés comme de vulgaires détracteurs du pouvoir en place, pourtant
les congolais n’étaient pas les seuls à se les poser. Et pour cause, même les propres « amis
français » de Denis Sassou-Nguesso se les posaient eux-mêmes également : « Avec le
pétrole qui coule à flot à Pointe-Noire, avec la richesse de ce pays pendant trente ans,
comment se fait-il qu'il n'y a même pas, au moins à Pointe-Noire ou Brazzaville, une clinique
convenable où on peut se faire opérer de l'appendicite ? », s'interrogeait par exemple Jean-
François Probst, dont tout le monde sait le rôle qu'il a joué pour le retour au pouvoir de son «
vieil ami », Denis Sassou-Nguesso par les armes en 1997.

Alors où passe donc l’argent du pétrole congolais ? A cette question, chacun de nous avait la
même réponse qui était devenue presque une certitude, selon laquelle la manne pétrolière
congolaise était détournée et ne servait qu’à enrichir les clans au pouvoir et leurs proches
(Sassou, Lissouba, leurs familles et leurs proches), mais il nous manquait des preuves
tangibles pour étayer cette  réponse qui paraissait portant évidente. Eh bien, les preuves nous
les avons désormais, nous avons désormais un début de réponse claire à cette question
grâce à la belle enquête qui a été menée par les services de la police judiciaire française,
plus précisément par les très brillants et talentueux enquêteurs de l'Office central pour la
répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) suite à la plainte déposée par les
associations Sherpa, Survie et la FCD contre les présidents africains pour recel de biens
publics. Cette enquête quasi-exhaustive a donné lieu à un rapport consigné dans un
volumineux document accablant de plus de 300 pages, qui vous coupe l’appétit et vous ôte le
sommeil pour plusieurs mois. Je rappelle toutefois que l’OCRGDF dont la compétence des
enquêteurs ne souffre d’aucune contestation est un des meilleurs services officiels de la
France en matière d’investigations policières. Ce document est donc d’une autorité
indiscutable, raison pour laquelle un journal aussi sérieux que « Le Monde » s’est permis de
le publier. Il l’est d’autant plus qu’il est l’œuvre des policiers français, cette même France qui a
toujours été accusée de complicité et de protéger les dictateurs africains. C’est dire que ceux
qui voulaient faire plaisir à l’homme de Mpila en affirmant : « Plainte contre Sassou et Bongo
en France, dossier classé sans suites pour insuffisance de preuves ! », avaient, me semble-t-
il, crié victoire trop tôt. Mieux, ceux qui passent leur temps à défendre l’indéfendable pour faire
des appels de pieds à l’homme de Mpila doivent absolument revoir leur stratégie. Aussi, je
me permets de leur poser les questions suivantes : qui de ceux qui volent honteusement le
peuple et de ceux qui tentent d’éclairer l’opinion publique en dénonçant les détournements et
en faisant la lumière sur les abus et les dérapages du pouvoir en place, ternissent l’image du
Congo à l’extérieur ? Qui de ceux qui volent et de ceux qui dénoncent les vols devraient s’
enterrer de honte maintenant que la police française a levé une partie du voile sur ces
scandaleux détournements des fonds publics ? Faut-il croire que les valeurs sont vraiment
inversées aujourd’hui au Congo ? J’ose encore croire que non.         

C’est pourquoi je demande à M. Denis Sassou-Nguesso de faire toute la lumière sur cette
affaire d’Etat. Pour que le peuple sache la vérité ou simplement pour son honneur et celui de
sa famille, s’ils en ont encore un, Denis Sassou-Nguesso doit s’expliquer devant le peuple. Il
doit tirer toutes les conséquences de cette enquête de la police française sur le colossal
patrimoine (les biens mal acquis) détenu sur le territoire français par sa famille, ses proches
et par lui-même. Il est en effet normal qu’un responsable politique quel que soit, et de surcroît
un chef d’Etat qui se veut responsable et digne de cette noble fonction, qui est aussi
directement mis en cause dans des faits aussi graves, puisse s’expliquer afin de dire sa part
de vérité au peuple souverain de qui il tient son mandat et au nom et dans l’intérêt duquel il est
censé agir en toute circonstance. Les responsabilités doivent être établies dans cette affaire.
Quand il y a un scandale d’une telle ampleur, ça ne peut pas rester sans conséquences au
nouveau des responsabilités. Je pense que cette mise au point s’impose à lui aujourd’hui,
surtout s’il veut convaincre les partenaires étrangers, notamment les institutions financières
internationales et espérer obtenir un jour le fameux statut de PPTE qui lui tient tant à cœur et
derrière lequel il court depuis 2002 en vain.


                                                      Bienvenu MABILEMONO