| Le Congo souffre d’une politique improductive de développement depuis cinquante ans Par Bienvenu MABILEMONO Diplômé de l’université Paris-Dauphine Voici déjà presque cinquante ans (un demi-siècle) que notre pays a accédé à l’indépendance et la souveraineté internationale. Et cinquante ans, c’est bien plus que le temps d’une génération. Un bilan global s’ impose donc à nous aujourd’hui, et nous devons poser les bonnes questions. Notre pays dispose des atouts considérables. Cependant, force est de constater qu’en matière de croissance et de compétitivité économique, il piétine. Le Congo a la chance d'avoir une population peu nombreuse, des ressources naturelles - pétrole bien sûr, mais aussi le bois, encore trop peu exploité -, un approvisionnement en eau abondant... Pourtant, les handicaps au décollage économique du pays sont nombreux. Et les congolais en payent un lourd tribut notamment en terme de chômage de masse, de faible pouvoir d’achat et de précarité sociale. En effet, la compétitivité se mesure sur la base des indicateurs de performance tels que : le respect de la loi, l’efficacité du système judiciaire, la qualité des institutions, la transparence, l’éducation, la formation, le niveau de qualification de la main-d’œuvre, l’innovation, le niveau des infrastructures ou la productivité des outils de production ; critères objectifs qui permettent de comprendre pourquoi certains pays parviennent à améliorer le niveau de vie de leur population, à réduire la pauvreté et renforcer leur intégration dans l’ économie mondiale. De ce point, la situation dans notre pays est pour le moins fortement contrastée et globalement décevante. La conjugaison de plusieurs facteurs endogènes et exogènes explique ces faibles performances de notre économie depuis un demi-siècle. Intéressons nous d’abord au secteur primaire et principalement à l’ agriculture congolaise. Car en effet, cette faiblesse de la performance de notre économie est imputable notamment à la politique du ‘‘tout pétrole’’ et au manque de dynamisme du secteur non pétrolier. En effet, malgré d’énormes potentialités, l’économie congolaise peine à diversifier ses sources de revenus et reste dépendante du pétrole, une ressource fossile épuisable par nature, qui représente 80 % de recettes de l’Etat. Il faut dire que cette situation de déséquilibre qui s’explique par la prééminence du secteur pétrolier obéit d’ abord à des considérations politiques et à une logique de la facilité. En effet, bien que considérée par les gouvernements successifs comme la priorité des priorités, l’agriculture congolaise reste embryonnaire (environ 2% du PIB) et se caractérise par la prédominance d’une agriculture de subsistance. Cette absence de développement de l’agriculture congolaise se mesure d’ailleurs très aisément par le caractère réduit des surfaces cultivées (moins de 2 % des surfaces cultivables sont aujourd’hui utilisées), une situation qui s'explique en partie par l'absence de mise en valeur durant la période coloniale. Comme dans tous les domaines de la vie économique et sociale, les autorités congolaises ont toujours fait preuve d’incompétence notoire et manquent de vision à long terme pour le développement du pays. Ainsi, du fait notamment de l’absence de conscience nationale forte et de vision à long terme, le Congo souffre d’une politique improductive de développement depuis cinquante ans. Depuis cinquante ans les pouvoirs en place ont toujours ponctionné les budgets d’investissements au profit des dépenses de fonctionnement et des dépenses somptuaires. Pourtant, les carences béantes d'un pays dont les potentialités sont si grandes exigeraient un effort d’investissement sans précédent, notamment dans la formation, l’éducation, la santé, l’ énergie et les équipements productifs, pour sortir du sous-développement. Malgré son rôle vital, ses nombreux atouts et débouchés, les efforts déployés dans le domaine agricole restent insuffisants ; ce qui implique la forte dépendance du pays des importations des produits alimentaires. Selon la mission économique de l’ambassade de France au Congo, entre 2000 et 2002, l’importation de denrées alimentaires avait augmentées de 64 % et s’élevait à 100.8 milliards de francs des colonies françaises d’Afrique (FCFA). Elle concerne essentiellement les 217 000 tonnes de nourritures ; en tout premier lieu du riz et de la farine de froment, mais aussi 22 000 tonnes de poissons. Etonnant n’est-ce pas pour un pays qui dispose de tous les atouts pour s’assurer une autosuffisance alimentaire ? Et selon certains observateurs, les importations congolaises de produits agroalimentaires croissent d’année en année et atteignent actuellement des chiffres record de l’ordre de 140 milliards de francs CFA, soit environ 40 milliards de plus que les évaluations gouvernementales officielles. Selon l’Agence des Nations Unies pour l’ alimentation et l’agriculture, Food and agriculture organisation – FAO, un congolais sur trois ne mange pas à sa faim. Une aberration purement congolaise, tant le pays est verni : terres riches et pluies abondantes, une situation qui fait rêver des pays comme le Burkina Faso qui souffre cruellement de la faiblesse des ressources naturelles et de l'aridité des sols ; mais qui parvient malgré tout à développer son agriculture (celle-ci représente 32% de son produit intérieur brut et occupe 80% de la population active). Ne dit-on pas qu’un peuple qui ne produit pas ce qu’il consomme, n’est pas un peuple libre ? Avec la baisse annoncée de nos réserves pétrolières prouvées, pour un pays riche en matières premières comme le Congo, le défi est sans doute d’étendre à tous les secteurs, dans toutes ses composantes, sa contribution à la lutte contre l’immobilisme de ses dirigeants; et d’intégrer dans ses choix d’investissements, dans ses offres commerciales comme dans ses programmes de recherche et de développement, une politique économique plus audacieuse et toujours moins dépendante du pétrole, et donc des sociétés pétrolières étrangères. Il nous faut faire preuve d’imagination et d’audace car si nous ne faisons rien, la situation ne pourra que s’aggraver. Notre rôle en tant que jeunes congolais, est de proposer à notre pays une orientation constructive en matière de développement en nous appuyant sur nos propres expériences, nos convictions et notre engagement dans ce domaine, mais aussi sur les expériences des autres. Nous devons chercher à faire évoluer rapidement la situation, sans céder au découragement lorsque les résultats à court terme ne sont pas satisfaisants. Nous préconisons donc un doublement des efforts dans les secteurs productifs non pétroliers, notamment l’ agriculture, compte tenu de la forte dépendance du pays des importations des produits alimentaires dont l’ incidence obère les finances publiques. Pour les cinq années à venir, nous plaçons donc au cœur de nos préoccupations l’agriculture qui doit demeurer la priorité des priorités. Il est donc essentiel de promouvoir la création de sociétés privées d’envergure nationale, voire mondiale, qui uniront leurs forces avec les populations locales pour créer un appareil productif à bas coûts sur le marché domestique, avec les communautés rurales où le très faible coût de vie et partant, la modicité des salaires et des loyers en milieu rural, permettront, au bas mot, de réaliser 10 à 30 % d’économies, par rapport à la production réalisée en milieu urbain. Il faut donc investir massivement dans la formation et les équipements productifs à haute technologie. Cette relance des investissements demande une importante mobilisation économique, industrielle et humaine. C’est dans cette perspective que nous construirons une économie performante et dynamique, tirant sa force dans son intégration verticale, solidement recentrée sur le marché domestique, mais ouverte sur le monde. Au Congo, ce qui est à la hauteur de l’enjeu, selon moi, c’est une volonté politique forte afin de faire bouger les choses et lutter contre le conformisme. La seule façon de s’en sortir est que cet objectif devienne commun à tous. Bienvenu MABILEMONO |
| La parité entre les hommes et les femmes au sein des partis Par Emeline DIAGNE De grands pays tels que la France, l’Allemagne, les Etats unis, ont fait des progrès considérables dans la représentativité des femmes au sein des instances dirigeantes de leurs partis politiques. Une chancelière en Allemagne, beaucoup d’élus femmes en France, des candidates aux primaires des partis démocrate aux Etats unis et socialiste en France. Une présidente de la république au Libéria ; au Sénégal le numéro 2 du parti de l’ancien premier ministre Idrissa sek est une femme, tant d’exemples qui me paraissent se rapprocher de l’égalité entre les hommes et les femmes dans la pratique de la politique, dans la capacité à bien gérer les affaires de l’Etat, dans les aptitudes à mener leur pays vers un avenir meilleur. Selon, l’observatoire des droits des femmes au Congo-Brazzaville, statistiques publiées le 4 mars 2004, alors que, les femmes représentent 52% de la population de la république du Congo (2.800.000 habitant),elles ne sont qu’au nombre de 21 sur les 203 membres que comptent les deux chambres , l’assemblée nationale et le Senat. Soit une moyenne de représentativité dans les institutions qui est de 17% sur tout le pays. Mais la moyenne dans les sphères locales (collectivités) est effrayante, car elle n’est que de 3%. Alors que ce sont les femmes qui ont le plus subi au cours des guerres qu’a connu le Congo, 27000 viols (observatoire des droits de la femme au Congo, 2004). Ne méritent-elles pas plus de visibilité aux deux chambres et dans les collectivités locales. Puisque, outre les traumatismes physiques et psychologiques subits, les femmes portent une grande responsabilité dans la gestion quotidienne du foyer et de la famille. Elles représentent la majorité du peuple, alors elles devraient être nombreuses au parlement et au sénat, organes qui incarnent l’ expression et la parole donnée au peuple. Alors, je vous propose de réfléchir sur l’existence de la parité entre les hommes et les femmes dans les partis politiques congolais. Il me semble que, dans l’histoire de ce pays, la lutte contre le colonialisme, la résistance, le combat pour la liberté, ont été menés aussi bien par les hommes que les femmes. Je ne les nommerai pas tous, mais pour peu que je m’en souvienne, il y a eu mama ngounga, kimpa Vita, pour ce qui est des femmes. Ces dernières ont joué un rôle non moins important dans le refus d’abandonner la gouvernance du Kongo et des congolais des deux genres, aux étrangers ; dans la lutte contre l’asservissement de nos libertés de penser et d’agir. Alors je remarque que, les partis politiques au Congo ne sont dirigés que par les hommes. Car les organes centraux des partis à savoir, le bureau politique, le bureau exécutif national, sont composés à 80% d’ hommes au moins. Dans le bureau exécutif du MCDDI par exemple, sur les 42 membres, il n y a que 3 femmes. Quant au bureau politique, nous ignorons si les femmes y sont représentées. Alors que la devise du parti est : justice, travail, fraternité. Et ce qui a crée cet état de fait, c’est l’existence même à l’intérieur des partis des sections femmes. En effet, pour un parti, admettre la présence d’une section femme en son sein, c’est poser d’emblée la distinction entre les hommes et les femmes de ce parti. Nous pouvons d’ores et déjà réfléchir sur le caractère sexiste d’une telle configuration dans un tel organe. Parce que s’il existe une section femme, cela signifie qu’il existe également une section homme. Seulement, la section homme est confondue au corps du parti. Il est une aisance, une norme, voir une légitimité pour les hommes à occuper de hautes fonctions, des postes de décision, lesquelles décisions s’appliquent pourtant à tout le monde, homme ou femme. Aussi, pourquoi, ne pas partager le pouvoir à tous les échelons avec les femmes. Il ne suffit pas seulement de le reconnaître, mais surtout de l’appliquer. Raison pour laquelle, faire exister une section femme au sein des partis est inutile. Cela ne sert ni les femmes ni le parti lui-même. Existe-t-il une section femme dans la section jeunesse des partis politiques ? Il ne me semble pas, non, je ne le pense pas. Quelle serait l’impact de la section femme ? Traite t-elle autrement les problèmes du parti que les hommes de ce même parti ? Le montant de leur cotisation financière au sein du parti diffère t-il de celui des hommes ? La présence de la section femme dans les partis politiques ne conduit qu’à reléguer les femmes au second plan, elle conduit continuellement ces femmes à l’ignorance de la part des hommes. Elles s’isolent du reste des membres, elles ne participent pas toujours aux réunions et aux décisions importantes des partis. La section femme fait sa petite cuisine à côté, et le reste du parti, c’est-à-dire les hommes, selon leur disponibilité et la qualité de cette cuisine, viendront les assister, viendront dîner avec elles ou pas. Cela n’a pas de sens à mon entendement. Les femmes et les hommes doivent être logés à la même enseigne dans la pratique politique, ils doivent décider ensemble, faire des réunions ensemble, partager un seul local, parler d’une seule voix et s’asseoir sur une même table. Je suis contre l’existence de la section femme au sein des partis politiques, pour la simple raison que cette séparation n’est qu’un outil sexiste qui ne sert pas les intérêts des femmes, encore moins celui des partis. Par ailleurs, posons-nous la question suivante : pourquoi dans tous les partis politiques en France aux Etats- Unis, au Royaume Uni, par exemple, il n’existe pas de sections de femmes ? |
| 1er tour des législatives au Congo Brazzaville Malgré la confusion, François Ibovi publie les résultats provisoires Jamais le Congo n’a organisé un scrutin avec pareil désordre. Même si, officiellement, le gouvernement de la République, la commission de supervision des élections et les observateurs nationaux et internationaux ne mettent aucunement en doute toute la pagaille dans laquelle le 1er tour des législatives s’est déroulé, le 24 juin dernier, ces votes sont en voie d’être validés, pour nombreux des bureaux ; et les résultats tombent, au fur et à mesure, cautionnés et publiés par le ministère de l’administration du territoire. Au total, 46/1137 candidats sont élus au premier tour. Nombreux autres candidats devront aller au second tour fixé au 22 juillet prochain. Pour l’heure, ce verdict électoral est soumis à l’approbation de la cour suprême. Inutile de revenir sur le désordre dans lequel le 1er tour des législatives s’est tenu au Congo Brazzaville (Lire notre article en ligne : « Premier tour des législatives au Congo Brazzaville : un scrutin émaillé de tant d’irrégularités »). Il convient, tout de même, de signaler que le gouvernement de la République a reconnu toutes ces irrégularités puisque pour plus de 100 bureaux de votes, à Brazzaville et à l’intérieur du pays, le scrutin a été reporté à une date ultérieure, à cause des cas d’ irrégularités constatées. Dans le quartier kinsoundi, dans le premier arrondissement de Brazzaville où l’alliance MCDDI-PCT a positionné le candidat Hellot Matson Mampouya, par exemple, le vote est fixé pour le vendredi 6 juin prochain. En réponse à toute la pagaille qui a entraîné inévitablement l’échec du 1er tour des législatives, fiasco reconnu par le président de la commission d’Organisation des Elections (CONEL), Henri Bouka qui s’est déchaîné sur la télévision nationale, des sanctions sévères ont été prises contre, entre autres, le Directeur des affaires électorales, le responsable informatique de la direction des affaires électorales qui ont simplement été relevés. Ces sanctions ont été prises par le ministre François Ibovi de l’administration du territoire. Pour ce qui est des résultats partiels de ce scrutin, on note une percée significative des indépendants, un nombre important des candidats du PCT qui vont au deuxième tour, s’ils ne passent pas dès le 1er tour, une légère résurrection de l’UPADS dans le grand Niari, et la mort totale de l’UDR-Mwinda, dans le Pool, qui en sort sans un seul député, même pas André Milongo battu à domicile (à Boko), car il a occupé la troisième place, loin derrière le candidat du MCDDI, maître Ndjolani. Concernant les candidats du MCDDI, les résultats donnent ce qui suit : dans le département du Pool ; Parfait Kolélas passe dès le 1er tour devant Michel Mampouya du PSVR qu’il a battu à plat de couture. A Mayama, Paul Mienahata du MCDDI passe également dès le 1er tour. A Goma Tsé-Tsé, Bernard Kolélas et sa suppléante Théodorine Kolélas passent haut les mains. A Boko, maître Ndjolani a écarté d’office André Milongo pour aller, en tête de liste, au deuxième tour. A Louingui, aussi, le candidat du MCDDI a mis hors compétition madame Laurentine Milongo pour aller, en ballottage favorable, second tour. A Mindoulou, M. Miassoba du MCDDI va également au second tour avec Adélaïde Moundélé-Ngollo du Club 2002-PUR. A Kindamba, par miracle de dernière seconde, le Premier Ministre Isidore M’Vouba passe du coup, écartant le candidat du MCDDI qui, selon les premières tendances, passait dès le 1er tour. Cette situation a failli révolter le Président Bernard Kolélas. Le Président Dénis Sassou N’guesso qui l’a invité d’urgence dans son palais présidentiel l’a supplié de «laisser tombe » et a promis réparer le préjudice lui-même, autrement. Même scénario à Moungali où le candidat du MCDDI, Alain Milandou, en ballottage favorable pourtant, s’est retrouvé au final écarté de la course électorale par Hugges Ngolondélo, gendre du président Sassou. Bonard Mossodia, toujours du MCDDI, va au 2è tour avec Célestine Kouaka, maire de Moungali, qui initialement venait en troisième position avec à peine 600 voix, mais qui se retrouve actuellement en tête avec 1250 voix. Curieux ! Landry Parfait Kolélas, à Makélékélé 1 devra attendre les votes dans les 15 bureaux de sa circonscription où le scrutin n’a pas eu lieu pour tant d’imperfections techniques, avant de jubiler pour sa victoire qui lui est visible au bout du net, puisque largement en tête jusqu’à cet instant… Sergio Téléwo |